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Apprendre – Maitriser – Partager…

par   /   12 janvier 2016  /   Commentaires fermés sur Apprendre – Maitriser – Partager…

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Une anecdote de Pierre Simard (Monsieur Fable)

Apprendre – Maitriser – Partager…

À 62 ans, le chemin parcouru en tant que travailleur autonome me donne presque des vertiges.

Parti de la maison à 16 ans comme bien des jeunes de mon temps, j’ai cumulé les petits boulots; balayeur de planchers, éplucheur de patates, surveillant de nuit, etc., puis à 18 ans je faisais un apprentissage dans une manufacture de meubles. Après 3 mois de ce régime, j’ai pris une décision irréversible, car il était hors de question que je travaille toute ma vie, du matin au soir, pour un salaire de misère et deux semaines de vacances par année. Je valais mieux que ça… je voulais mieux que ça.

À 24 ans, sans-le-sou, et père monoparental à temps plein de deux garçons, âgés de 2 et 3 ans respectivement, j’ai passé à l’action. Un matin, alors que des entrepreneurs en construction déjeunaient au restaurant, je leur ai remis, en guise de carte professionnelle, un bout de papier taillé au ciseau et calligraphiée au stylo sur lequel étaient inscrit mon nom et numéro de téléphone. Comme j’étais habile de mes mains, j’ai proposé mes services, et B-I-N-G-O! On m’offrit un contrat pour construire 24 tables de piquenique pour un centre de villégiature. On m’a fourni ce dont j’avais besoin pour réaliser les travaux, car je n’avais rien. Avec l’argent gagné, je me suis acheté quelques outils, et l’on m’a offert un contrat pour nettoyer un chantier de construction et quelques travaux mineurs. Devant l’excellence du travail accompli, je me suis rapidement fait un nom, et on m’a proposé de nombreux petits boulots.

Deux ans plus tard, j’ai loué un garage délabré situé dans le fond de cour d’un particulier. Quelques contrats plus payants m’ont été offerts, m’obligeant à acheter une camionnette que je me suis empressé d’identifier à mon nom. Les contrats se multipliaient, alors j’ai offert à un de mes frères de s’associer avec moi. Au bout de trois ans, il était devenu impératif pour moi de poursuivre ma route en solitaire, alors j’ai racheté ses parts. Deux ans plus tard, je construisais mon propre atelier de meubles, et l’année suivante, une maison neuve.

Parallèlement à cette aventure, et pour me sortir des confins de mes blessures intérieures, j’ai ouvert une école d’arts martiaux. C’est en poursuivant ce cheminement qu’un grand-maitre m’a dit que pour devenir un maitre à mon tour, je devais connaître le corps humain. Suivant son conseil, je me suis inscrit à des cours d’anatomie, et de fil en aiguille, en massothérapie, aboutissant au lancement de ma propre clinique.

Ce n’est qu’au bout de quelques décennies de ce régime de vie que je réalisais enfin que je la fibre entrepreneuriale m’habitait. J’étais, lors de cette révélation, à mon compte depuis plus de trois décennies à pratiquer l’ébénisterie, que j’ai enseignée durant 2 ans à l’éducation aux adultes, à pratiquer les arts martiaux que j’ai enseignés durant plus de 30 ans dans mes propres écoles, et à pratiquer la massothérapie que j’ai enseignée durant une dizaine d’années à l’UQAC. Mon parcours était bien tracé.

Lorsque mes enfants ont franchi l’âge pour quitter la maison, j’ai réalisé que le temps était venu pour m’occuper de moi. Mon retour sur les bancs d’école à temps plein s’est soldé par une offre d’emploi en tant que Chargé de cours à l’université. Malheureusement, le sort s’acharna sur moi, et un accident d’automobile est venu mettre un frein à tout ça. Les séquelles physiques mirent fin à mes activités en ébénisterie, en arts martiaux et en massothérapie, et les séquelles psychologiques, quant à elles, mirent fin à ma carrière universitaire.

Au bout de deux ans de soins, d’incompréhension et de colère, la roue a enfin redémarré. Après avoir occupé quelques postes de direction d’entreprises, le souvenir de la promesse de jeunesse que je m’étais faite m’est revenu à la mémoire. Je voulais autre chose que du 8 à 5 ou du 9 à 4, et quelques semaines de congés. Ce n’était pas une question de salaire; non, c’était autre chose. J’avais la conviction profonde de marcher à côté de mes souliers sur un chemin de gravier.

C’est sous l’égide d’une conseillère en réorientation de carrière que j’ai finalement pu mettre le doigt sur l’essentiel et découvrir la saveur de la sève qui coule dans mon âme. Plus jeune, je rêvais d’écrire. Je voulais être aimé pour qui j’étais, et être apprécié pour ce que je faisais.

En 2009, un miracle se produisit, et ma plume endormie s’est réveillée d’un long sommeil pour rédiger une première fable. Comme cette dernière fût bien reçue, je me suis mis à l’œuvre, et dix mois plus tard, un premier livre contenant 101 fables sortait de chez mon éditeur. Moins d’un an plus tard, un deuxième tome de 151 fables s’ajoutait au premier. Vous comprendrez que ce fut avec grand étonnement que j’apprenais que j’avais publié plus de fables à ce stade que le célèbre Lafontaine de notre enfance. Malgré une production prolifique de ma part, les ventes n’arrivaient pas à combler les attentes de mon éditeur, et j’apprenais qu’il ne publierait plus d’autres titres. J’ai donc repris le collier, et après avoir suivi une formation complémentaire en ce sens, j’ai lancé ma propre maison d’édition.

Douze livres plus tard, et muni d’une accréditation livrée par le Ministère de l’Éducation en 2012, je visite de nombreuses écoles québécoises chaque année. Cette nouvelle activité m’amena à me spécialiser, prévisiblement, en art oratoire, soit l’art de parler en public. Aujourd’hui, et toujours en tant que travailleur autonome, j’anime des ateliers de création littéraire, et j’offre une formation en art oratoire (l’art de parler en public), ainsi qu’en animation de conférences, ce qui ne surprend personne, puisqu’il s’agit d’une suite logique à mon parcours interrompu.

Malgré les désagréments, les tracasseries administratives et les risques financiers associés à mon statut de travailleur indépendant, le plaisir et la reconnaissance que je retire pèsent plus lourd dans la balance que l’appât du profit. Tout compte fait, et pour ceux qui osent, être travailleur autonome… c’est gagnant!

Et dire que ça ne fait que commencer…

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Pierre Simard
monsieurfable.com
info@monsieurfable.com
Résidence : 418-839-3892
Cellulaire : 418-934-8786

À propos de l'auteur...

Fabuliste, romancier, conférencier

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